vendredi 24 avril 2026

60 - Loin

Parfois j'explore les profondeurs banales de la sylve en quête d'ombre et de recueillement.
 
Aux heures creuses de mes journées paisibles, sur un coup de tête je pars à la rencontre des choses ordinaires de ma vie de vagabond. Le plus près possible de mes semelles : juste au bord de mes chemins de routine. Pas la peine d’aller au-delà de ce qui se présente à moi, cela me suffit.
 
Il ne m'en faut pas beaucoup pour me sentir heureux : la friche et les buissons me séduisent, les branches mortes et l'humus m'attirent. Plein de joie à l'idée de m’engager dans des aventures florales, j'avance en toute confiance vers ces folles broussailles qui m'attendent. Pareil au hérisson, je plonge avec délices dans ces paradis végétaux.
 
Et je me retrouve au bout du monde, entre la fin de ma route pédestre et le début de mon envol. Je me faufile dans les fourrés et disparais au fond des bois.
 
Et là, au coeur des réalités communes, tout devient fabuleux. Ce qui est humble dans la Création brille à mes yeux. Pénétrant dans l'espace d'un lointain ailleurs, je vois ce que nul mortel ne soupçonne, entends ce qu'aucune oreille ne perçoit, sens des présences à la hauteur de mon chapeau, devine sous mes pas des secrets plus grands que moi.
 
Comme si je venais d'atterrir dans un rêve, tout en incarnation : avec la lourdeur de mes bottes et l'épaisseur de ma carcasse.
 
Attentif aux plantes, aux pierres, à la faune formant mon entourage anodin aux couleurs rassurantes du quotidien, je mets la main sur des trésors à portée de ma vue, à la mesure de mes désirs simples, au prix de mon bonheur de loup. Et je contemple ce que le ciel me montre, m'enivre des petits riens de la terre, prends ce que m'offre la nature.
 
L'herbe sèche me caresse et sous la piqûre de l'ortie fraîche je chante de douleur. La fleur me fait songer aux étoiles et le caillou tranchant sous ma peau m'éveille davantage. Je suis dans mon élément.

Je ramasse un morceau d'écorce sur lequel le drôle de hasard a dessiné un visage effrayant : j'en ferai cadeau à la mère Garbichon qui, j'en suis sûr, après s'être exclamée d'étonnement le jettera dans son feu ! Dans ma poche j'ajoute une pomme de pin, histoire de m'alléger encore d'un peu de poésie. Je m'imprègne jusqu'à l'ivresse des parfums de la végétation. Et puis je m'étends sur un lit de gerbes arides. Enfin, je médite.

Et finis par m'endormir autour des feuilles et des épines.

Mon voyage commence.

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