Sur le bord du chemin j'aperçus à ma hauteur une poignée de moineaux posés
sur une branche, alignés pareils à des enfants de choeur dans leur aube de
plumes grises. Du haut de leur perchoir ils gazouillaient à pleines gorges,
queues frétillantes, becs allègres. Comme pour célébrer je ne sais quelle
joyeuse messe champêtre.
Et je vis qu'ils s'adressaient à moi en réalité, juste sur mon passage
!
Ils parlaient dans leur langue commune de vulgaires piafs. Pourtant je
perçus bien autre chose que de simples chants d'oiseaux. Les petits êtres pleins
de légèretés émettaient des mots plus que des piaillements... Du moins mon
oreille sur le moment traduisait les sons sortant de leur jabot en phrases
intelligibles. Cette grappe de turbulents volatiles semblait m'avoir attendu
ici, au détour de cette route de poussière et de solitude, pour me livrer
quelque secret.
A travers leurs pépiements je crus entendre ces paroles immortelles :
— Holà ! le vagabond ! Quel vent étrange te pousse à cheminer ainsi avec
ton chapeau de paille, ta barbe d'ogre et tes bottes de loup ? Ainsi accoutré tu
as l'air d'un épouvantail des champs mais tu ne nous effraie guère.
Interloqué je stoppai le pas et fixai cette brochette d'ailés aux cui-cui
si éloquents... Ils reprirent :
— Tu sillonnes sentiers et herbages, bois et fourrés en quête de soupes
chaudes et de rêves terreux. Tu ressembles à une ombre qui glisse dans le
lointain, à un fantôme furtif entre les arbres, à une bête sombre dans la
campagne. Et nous, nous te voyons aller et venir par tous les horizons. Nous
savons que tu es le confident des sangliers, le prédateur des lapins et le
compagnon de la Lune. Depuis les fils électriques, le sommet des cheminées ou
les gouttières des clochers où nous posons nos pattes, nous t'épions, te suivons
du regard sans que tu ne t'en rendes compte. Tu incarnes les nuages de l'âme et
les bonnes graines de la Terre. Tu es un foutu prince des broussailles et nous
t’aimons tel que tu es. Tu nous prends pour de banals hôtes des haies et des
toits, mais sous nos apparences ordinaires nous sommes des anges en vérité. Et
nous t'entourons de nos célestes attentions, te prodiguons nos bénédictions,
crois-le !
A cet instant mon incrédulité fut à son comble. Quoi ? Comment ça , me
dis-je ? Que me racontaient donc là ces espèces de poussins au terne plumage se
balançant sur leur rameaux ? Des représentants du Ciel, eux ? De blancs esprits
descendus des sphères supérieures, ces voleurs de cerises, ces avaleurs de
moucherons, ces si familières créatures ? Quelle blague !
J'écoutai plus attentivement cette volée de drôles de piailleurs, afin d'en
avoir le coeur net. Mais cette fois-ci les "cui-cui" étaient parfaitement
normaux.
Allons, pensai-je, j'ai dû être victime d'une hallucination auditive ! Le
cidre ayant accompagné mon civet est assurément responsable de cette
diablerie... Dépité et un peu honteux face à ces sornettes auxquelles par
faiblesse je fus sur le point de croire, dans un ultime éclat de rire je chassai
ce rassemblement impromptu d'importuns.
Trois secondes après, je ne riais plus : à peine envolés, les jaseurs
furent aussitôt remplacés par une intruse venue de nulle part.
Une mésange.
Alors le message m'apparut aussi clair que la lumière de l'azur : MES ANGES
!
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire