Mon "vaste univers" de fureteur des champs n'est pas si immense que cela, à
la vérité. Ce royaume de routines sublimes mêlées de petits riens éclatants se
limite aux horizons journaliers du canton que je parcours depuis des années. A
échelle humaine, à portée de vue et en toute humilité.
Pourtant au sein de cet espace restreint aux apparences anodines, des
flammes couvent, des ombres se terrent, des formes s'agitent, des êtres gisent
ou palpitent. Des objets ensevelis y attendent aussi la semelle chanceuse ou la
main opportune. L'esprit curieux qui prendrait la peine de se pencher sur les
broussailles, entre les buissons, parmi les fourrés de mon "fief" pourrait y
découvrir tout un monde inconnu, inquiétant ou merveilleux, terne ou brillant,
mais bel et bien présent, là sous ses pieds.
Une multitude de secrets s'y murmurent, plein de cachettes s'y trouvent,
d'innombrables trous y recèlent mille trésors. Certes il ne s'agira pas toujours
de grandes révélations ni de fracassantes nouvelles. Ce seront au moins les
manifestations sourdes des hôtes de l'invisible, les apparitions enchanteresses
du peuple de l'humus, les expressions de la vie folle issues des herbes
profondes.
Un ailleurs aux dimensions oniriques.
Sans omettre les autres diverses trouvailles d'or ou de ferraille, de bois
ou de fantaisie, perles ou bagatelles, joyaux et bibelots de toute sortes dont
nul n'a jamais idée tant ces merveilles chère ou dérisoires sont
surprenantes.
On dénichera également dans tel ou tel bosquet, à travers quelques
sentiers, et même jusqu'au fond de certains fossés, des choses indicibles
inouïes ou incompréhensibles : des histoires enfouies, des témoignages du passé
encore vivants, des restes énigmatiques, des empreintes de destins anonymes, des
traces de passages glorieux ou misérables, des preuves de crimes ou
d"amour..
Autant de rêves que de cauchemars. Du feu et du sang, de la poussière et du
ciel, de l'espoir et de la mort, du prosaïsme et du mystère. Tout ce qui compose
l'humain sous ses aspects intimes, informels, légendaires. Ces endroits vagues,
perdus ou oubliés constituent les hauts lieux d'une nature éloignée et d'une
humanité qui échappe à ce siècle.
Il est question ici d'une réalité à la fois palpable et lointaine, tantôt
légère, tantôt pesante. Qu'elle dorme sous la terre, s'affiche en surface ou
s’élève franchement au-dessus du chapeau des mortels, peu importe : cette
lumière dissimulée à la modernité touchera le premier homme venu pourvu qu'il
soit assez éveillé. Et pour aller loin en ce domaine il ne faudra pas avoir peur
de creuser, au propre comme au figuré.
Libre à chacun d'accéder à ces sommets ou de les ignorer. Pour ma part, en bon vagabond que je suis, j'y
pose tous les jours mes grosses bottes crottées.
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