mercredi 18 février 2026

46 - Rencontres dans mes nuages

Au cours de mes aventures de voyageur local à travers les jours agités et les paysages statiques du canton, j'ai croisé maintes choses inouïes et autant de personnes remarquables. Sans omettre quelques vagues bêtes dont j'ignore si certaines d'entre elles viennent de la terre, du ciel ou d'ailleurs. Toujours est-il que j'en ai vu du monde, des rats crevés, des chiens errants, des artifices, des leurres, des ombres, des lueurs et des raretés !
 
J'ai été confronté à des flammes, à des brumes, à des formes, à des pierres et à des mirages.
 
Ordinaires animaux de nuit ou bien faune issue des songes, silhouettes furtives ou rêves insistants, spectres palpables ou fantômes aux apparences d'incarnés, oiseaux inconnus ou hommes sans nom, femmes réelles ou créatures imaginées, vaches des prés se changeant en énormes présences nocturnes, chats-huants entre réalité et incertitude...
 
J'ai parlé à des images comme à des êtres.
 
Des visages et des ténèbres m'ont fait face. Des mains et des griffes m'ont effleuré. Des inanimés se sont adressés à moi. D'innombrables regards se sont posés entre mon chapeau et mes bottes.
 
J'ai aperçu tant d'yeux dans l'obscurité... Pareils à des chandelles allumées qui passent, s'éloignent et puis s'éteignent dans le lointain. Des sortes de lunes étranges ou de pâles objets qui s'approchent lentement de moi, on l'air de me fixer un moment avant de disparaître mollement je ne sais où.
 
Je ne me pose plus trop de questions sur les mystères qui m'entourent le long de mes chemins de vagabondages.
 
Je continue de marcher, l'âme sereine, le pas léger aussi que possible. Je ne laisse que de bonnes pensées dans mon sillage, quelles que soient les circonstances. Obstacles ou chance, rallonges ou raccourcis, difficultés ou faveurs, j'avance sans jamais me perdre. Je vole vers l'essentiel : là où je dois aller, partout et nulle part à la fois, au coeur des autres, à deux doigts de l'horizon et encore plus proche de moi-même. Je chemine en direction de ma véritable place, en somme.
 
Les gouffres et les sommets me motivent de manière égale. J'emprunte sans cesse les mêmes routes et y rencontre les mêmes causes, les habituels sujets d'étonnement, immenses ou minuscules, visibles ou obscurs.
 
Je traverse les bois et les champs accompagné de ces étoiles et de ces brouillards. Tantôt au-dessus de ma tête, tantôt sous mes pieds, indifféremment.

C'est précisément pour cette raison qu'au sein de mon circuit étriqué, de villages en chapelles isolées, de granges en âtres chaleureux, de fourrés en clochers familiers et de friches en tables d'amis, je vais finalement très loin.

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