dimanche 15 mars 2026

61 - Le bout de ma route

C'est ici que mon chemin va se poursuivre.
 
Pour moi seul, en dehors des regards extérieurs. Je laisse le lecteur à ces phrases ultimes. Je lui ai dit ce que j'avais à dire, je garde tout le reste secret.
 
Je vais poser la plume et m'envoler loin, haut, ailleurs.
 
Continuer de faire de mon existence terrestre un interminable voyage de la Lune au Soleil. Une longue distance du firmament aux mares. Une marche perpétuellement renouvelée des fleurs à la neige.
 
Je veux pousser ma route au-delà de ce livre.
 
Conquérir l'horizon tout en demeurant dans mon canton étriqué. Vivre mon idéal routinier. Progresser vers un ciel à ma mesure. Avancer en direction des brumes et lumières du lointain. Aborder les clairs rivages de mes jours troubles et rugueux. Voilà un but grotesque, irréalisable, imprudent pour notre époque, penserez-vous ! C'est fort possible. Mais je ne le perds pas de vue pour autant.
 
Ma folie n'est pas votre affaire. Mes semelles de vagabond des temps modernes ne regardent que moi.
 
J'arrive au bord d'une frontière, à un tournant de ma vie, au bout de mon parcours, à la fin de cette page où je disparaîtrai. Je repartirai dans l'anonymat, sans témoin. Vous qui avez lu mes histoires et n'en croyez pas un mot, oubliez moi et retournez aux artifices de votre siècle. Faites comme si je n'existais pas car je ne suis pas de ce monde en vérité. Ou alors si vous avez quand même un doute, ne retenez que le meilleur de cette lecture : les corbeaux, les rats et les sangliers.
 
Et peut-être aussi la mère Garbichon.
 
Ne vous souvenez que de l'essentiel : mon ombre. Après tout, qu'est-ce qui vous prouve que je suis réel ?
 
Des têtes de loups pareilles, des hommes tels que moi avec des gueules qui ressemblent à des souches, des bourricots des bois chargés de lapins refroidis, vous n'en reverrez pas de sitôt ! Ces bêtes-là, chaussées si lourdement et portant d'improbables chapeaux percés, on ne les rencontre que dans les fables.
 
Abreuvé d'étoiles, repus de mystères, comblé de flammes tangibles ou imaginaires, rassasié de ces nuits hantées par le silence, illuminé par ces ténèbres mêlées de rêves, je brille de l'intérieur. Et cependant, toujours assoiffé de nouveaux nuages et avide de bien d'autres tempêtes encore, j'achève mon évasion.

Le crépuscule s'allume, une éternité m'attend.

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