Le brouillard matinal est mon soleil.
Lorsque à la saison humide je sors de ma grange, je vais relever
joyeusement mes pièges en buvant une tasse de brume bien glacée.
Les prises sont souvent bonnes. Certaines des proies qui gisent dans
l'herbe mouillée après s'être inutilement débattues sous les collets se tachent
parfois de rouge au niveau du cou. L'agonie du gibier peut se révéler cruelle en
ce cas, j'en ai conscience. Pendant que je dors, oiseaux ou lapins souffrent et
meurent sous mes lacets tendus. Telle est la dure loi du braconnage.
Quand le piégeage est fructueux, même s'il semble barbare, je suis
content.
Le breuvage de mon réveil s'enrichit alors d'une saveur plus colorée : il
devient pour moi un délicieux mélange de rosée et de sang. Signe que ma journée
commence dans l'opulence !
J'emporte promptement mes trésors à plumes ou à pelage, voire les deux,
toujours entouré de la trouble humidité.
La vaste nappe de blancheur m'étreint avec âpreté, remplaçant de manière
plus palpable les doux songes de la nuit que j'oublie peu à peu. Cette
nébulosité qui m'enveloppe prend naturellement le relais des rêves. Et à travers
ses enchantements morbides, m'emmène ailleurs. Plus loin peut-être que les
fantasmagories nocturnes.
Ce nuage stagnant au ras du sol constitue mon éveil et ma lumière. Comme un
bain de grisaille à l'heure du lever. Plongé dans cette buée frigorifiante, j'ai
l'impression de prolonger mon sommeil. Mais peuplé cette fois de nouvelles
chimères oniriques, beaucoup plus tangibles.
L'aube s'éternise, je m'imprègne lentement de cet univers plein de clarté
diffuse.
L'atmosphère lugubre a des beautés sépulcrales féériques. Et sous le charme
mortuaire des éléments, je demeure longtemps à rêvasser.
Jusqu'à ce que les premiers rayons de midi me rappellent que je dois aller
préparer mes civets.
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