mardi 24 février 2026

51 - Les clochers

Les clochers que j'aperçois depuis mes fourrés de vagabond sont des points de repère essentiels.
 
Je les vois de loin et ils me font rêver, surtout quand ils émergent des brumes. Ils s'élèvent tels des pics idéaux. Et demeurent à la verticale, impassibles dans le siècle agité. Ils ressemblent à des géants antiques, debout au-dessus des hommes. Ils me font voyager du regard de bourg en bourg.
 
Mais lorsque j'arrive dans les villages et que je me place dessous, ils deviennent plus prosaïques à mes yeux et me laissent quasiment indifférent.
 
Leur seule utilité aujourd'hui est de sonner les heures creuses de la journée. Que nul n'écoute.
 
Pareils à de grandes aiguilles de pierres arrêtées par la modernité, ils attendent que le temps passe. Et se contentent d'indiquer en permanence la direction céleste, même si personne n'y prête plus attention.
 
Les églises ne prennent une valeur poétique pour moi que lorsqu'elles se dressent dans l'horizon. De près, elles perdent toute légèreté.
 
Leur pointe dans le lointain a la finesse d'un doigt désignant le ciel et leurs cloches entendues à distance tintent comme des clameurs angéliques.
 
Une fois que je me trouve sous leur porche, les murs m'écrasent et l'airain m'assourdit.
 
Dès lors que je les observe à partir de ma position de loup des bois et du haut de mon chapeau de paille sans cesse dans le vent, ils apparaissent véritablement à ma pleine mesure. Ils ne sont plus ces masses épaisses et brutales au-dessus de ma tête mais des flûtes nébuleuses surgissant dans le fond de la campagne et ponctuant mon univers local. Perçus de manière éloignée, ils s'insèrent dans un panorama vaporeux.

Dans mon champ de vision, ils se mêlent à l'azur et aux nuages avec une délicieuse imprécision, ce qui là seulement les met définitivement à ma portée.

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