Mes chemins d'errance sont semés de surprises.
Tantôt je tombe sur un os, tantôt je ramasse une bague en or. Je croise
même des ombres qui palpitent comme des perles improbables : chats perdus,
oiseaux chus du nid, hérissons en vadrouille ou vagues hôtes de l'humus oubliés
du reste du monde...
Je me penche souvent pour regarder de plus près ce qui, terne ou brillant,
gît dans la friche. Je récolte aussi quelques-unes de mes trouvailles
lorsqu'elles en valent la peine, alourdissant volontiers mes poches de rêves ou
de ferraille.
Je marche sur des aires de poussière et de verdure, de boue et de cailloux
où poussent toutes sortes de fleurs et de chardons de la civilisation : des
vieux bidules en métal tout rouillés, des bijoux étincelants, de banals boutons
de chemise, divers morceaux de babioles, des tonnes de fers à cheval, plus
rarement des pièces de monnaie, curieusement pas mal de tuiles issues de toits
lointains, parfois des portefeuilles garnis, plus fréquemment des crânes vides
de poupées abandonnées, des boîtes d'allumettes humides laissées par des fumeurs
distraits, exceptionnellement des mots d'amour brûlants emportés par le vent
jusque dans les herbes folles que je foule de mes semelles enflammées...
C'est ainsi que je rencontre la glace et le feu, le doux et le dur, le
tendre et l'austère, le miel et le vinaigre, la caresse et l'épine. De toutes
ces choses anecdotiques ou providentielles, je fais des fables que je colporte
de fermes en clochers afin que le canton entier n'ignore rien de ce qui se passe
au royaume des épouvantails, aux heures secrètes du crépuscule, entre le ciel
des ailés et la terre des mortels.
Les gens du coin me croient délirant. Il est vrai que pendant que j'ai la
tête dans les nuages, ils ont les yeux rivés sur leurs écrans. J'essaie de les
réveiller avec mes histoires de hiboux, de corbeaux, de brumes et de Lune. On se
moque de moi pour la seule raison que mon horizon, c'est le bout des
champs.
Eux prennent l'avion pour aller loin. Et ils disent qu'ailleurs, c'est
finalement pareil que chez eux. Et pourtant il y retournent chaque année, là-bas
où ça ressemble à ici.
Tandis que moi je rayonne là où je suis, dans les limites de mon
incommensurable univers de voyageur local.
Dans ma chère campagne les plus sages philosophes qui m'enseignent les
grandes leçons de la vie, ce sont les vaches.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire