Avec mon chapeau de paille exposé à tous les vents et mes bottes délestées
des chaînes sociales, beaucoup de ceux qui croient me connaître me prêtent
volontiers une âme d'universaliste béat.
Considérant mon statut d'oiseau de haut vol aux moeurs de rat, de sage des
chemins aux semelles crottées, ou de fou champêtre en guenilles, ils s'imaginent
que j'ai adopté des idées de hippies. Quelle erreur de leur part !
En réalité c'est exactement le contraire : je ne me sens nullement l'ami
inconditionnel de tous les humains de la Terre. Seulement le compagnon des bêtes
qui me ressemblent, le frère des solitaires de mon espèce, le proche des
villageois que je côtoie de près. Je ne m'ouvre qu'aux êtres à ma portée.
Sélectif, je n'apprécie que les gens avec qui je partage des moments
choisis.
Sous prétexte que je vagabonde dans mon coin de campagne, je devrais être
un idéaliste encourageant le sans-frontiérisme ? Loin de moi cette absurdité !
Je n'ai rien à voir avec le quidam qui habite à l'extrémité du monde. Je ne
mange point son pain de manioc et ne bois pas plus son vin au lait de coco. Je
me cantonne à ma vie locale, me contentant de recevoir la lumière de mon soleil
sans me sentir obligé de chanter celui des lointains étrangers.
Leur ciel n'est pas le prolongement de mes racines, leur Histoire me laisse
froid et leurs légendes ne s'abreuvent pas de mes sillons.
Ce que je fais chez moi sur mon sol ne concerne ni les Papous des forêts
sauvages ni les Inuits des pays de glace. Ces terriens bornés par des horizons
différents des miens restent pour moi des inconnus. Et réciproquement, à leurs
yeux je ne compte guère. Je n'ai aucune raison de devoir spécialement
fraterniser avec eux plus qu'avec telle ethnie en vogue ou tel groupe de
personnes. Je suis certain que de leur côté ils pensent la même chose à mon
sujet. Ils n'ont pas tort. Que chacun trouve sa place là où il demeure sans
s'occuper de ce qui se passe ailleurs !
Tout ce qui m'importe dans mon existence de roi des fourrés se situe dans
mon champ de vision à échelle humaine, selon mes seules références culturelles.
En pleine vérité et totale authenticité.
Mon univers d'homme libre se résume à un royaume minuscule qui ne dépasse
pas la sphère des quelques clochers de la contrée. Un espace étriqué mais assez
riche cependant pour me satisfaire. Mon bonheur est fait de simplicité, de
proximité et d'humilité.
Mon entourage se limite aux braves vaches des pâturages, aux grouillantes
grenouilles des mares, aux délicieux lapins que j'assassine. Mais aussi aux
vieilles chouettes nichant dans leurs masures de sorcières, aux châtelains
rustiques et autres singuliers personnages qui le soir me convient sous leur
toit pour y savourer la soupe en regardant brûler la flamme de l'âtre jusque
tard dans la nuit.
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