mardi 17 février 2026

45 - Vagabond au printemps

Tous les ans après le dégel, c'est la même rengaine : l'éternel retour du printemps.
 
Au début d'avril il vient frapper à la porte de ma solitude pour me tenir compagnie. Il me caresse de son souffle tiède, tente de me faire ôter mon manteau et quitter mes grosses semelles, enfin de se loger sous mon chapeau de paille, histoire de me convaincre de ses molles tendresses.
 
Mais moi j'aime follement l'hiver.
 
J'apprécie trop les rigueurs blanches, féroces et sépulcrales de janvier pour succomber aussi rapidement aux baisers verts de sa vernale rivale.
 
Le premier me glace le coeur mais en même temps m'emporte dans les plus clairs sommets, tandis que la seconde m'importune en voulant absolument me bercer entre ses bras flegmatiques.
 
Je ne prétends pas demeurer totalement insensible aux avances de cette demoiselle en dentelles qui, frivole, prend ses distances avec les dernières neiges de février, non. Je dis simplement que je préfère les rudesses hivernales aux nonchalances printanières. Certes la saison des bourgeons est agréable, elle me couve de ses pâles intentions et me baise de ses lèvres florales, je ne le nie pas.
 
Cependant les mois de givre m'enflamment.
 
Moi je ne suis pas un frileux, nullement un sensible, encore moins une brindille. La fragilité, les larmes, la douceur ne sont pas faites pas pour mes crocs de bête en bottes. J'ai besoin de gel et de feu, de froid et de brûlure pour combler mes appétits de carnassier. La braise de l'âtre en plein décembre m'agrée plus que la brise germinale.
 
C'est le loup que je veux embrasser, non l'agnelle !
 
Mais en ce monde rien n'arrête véritablement le murmure du vent, la montée de la sève, la force des roses et l'éclat de la lumière, je le sais bien... La progression du Soleil et de la Terre est implacable. Les hommes ont toujours suivi les gloires de la Création.
 
Finalement, oubliant progressivement les âpres délices des morsures brumales, je finis systématiquement par céder aux légèretés du renouveau.

Et mon âme de garou, après quelque résistance, s'ouvre avec joie aux flammes du réveil.

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