jeudi 26 février 2026

54 - Le temps des giboulées

Les joyeuses giboulées prolongent les dernières blancheurs de l'hiver sur les champs.
 
Elles font également étinceler mon manteau de leur éclat éphémère. Avec toutes ces étincelles de givre sur le dos, j'ai l'air d'un croque-mort en fête. Ma silhouette couverte de glace fondue s'allège dans le paysage. Je ressemble bientôt à un loup poudré de cristaux. Et je m'enflamme sous les grains de neige tout en frissonnant de froid.
 
Mon âme éprise des beautés austères de la Création s'éclaire sous la bourrasque qui me fouette la face. J'admire en pur esthète le spectacle de la nature embellie par la mortelle averse.
 
Les grêlons m'effraient et m'enchantent en même temps avec leur fracas électrique et leur morsure féroce. Mon chapeau récolte l'écume de la tourmente et cela me fait une couronne de minuscules diamants. Je me prends pour le roi du mois de mars.
 
Le ciel paraît fragile, il a l'air de se déliter sous le dégel. Les nuages semblent se briser comme du verre. Rien de tout cela me rend triste. Je veux être trempé par la saison, brûlé par la grêle, foudroyé par ces perles tranchantes, réveillé enfin par la clameur de la planète qui en réalité ne fait que tourner le plus normalement qui soit au rythme de la vie.
 
Seuls les sots s'en étonneront.

Et moi, les talons dans la glèbe je poursuis mon chemin, frigorifié jusqu'aux os et heureux après ce déluge d'ombres, de clartés et de feu.

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