jeudi 8 janvier 2026

16 - Les corbeaux dans mon sillage

Dans ma vie de vagabond pleine d'allers et venues, de voyages entre champs et clochers, d'aventures entre horizons et légendes, je suis accompagné de vols de corbeaux. Ces nuées de croasseurs forment une ombre immense dans le ciel, comme une cape vivante flottant dans mon sillage. Vaste, auguste et inquiétante. Voilà de quoi forger ma renommée le long des routes !
 
Ainsi réunis par centaines, ils ressemblent à une vague d'encre aérienne, une sorte d'onde pareille à un drap mortuaire, un linceul géant emporté dans le vent. Ils noircissent la plaine et l'azur pour les rendre plus profonds et lumineux.
 
Lorsque je traverse les espaces champêtres sous la tourmente, ils apparaissent tels des anges dans les airs. Et viennent se poser dans les sillons avec leurs têtes de diables. Je les aime follement, même si j'ai l'impression qu'ils méprisent avec leurs allures hautaines.
 
Dans la désolation des jours de pluie ou dans l'austérité des labours, leur présence spectrale fait briller la campagne. Ils illuminent le paysage de leurs flammes noires, embellissent les terres de leurs ténèbres, enchantent le monde de leur clameur.
 
Leurs ailes ont éclat du deuil et leurs cris la douceur du glas.
 
Ils sont les génies de l'automne, les princes de l'hiver, les chardons du printemps, les clodos de l'été. Ils incarnent la glace du matin et le flamboiement des soirs de tristesse. Ces demi-dieux de la glèbe ont toute mon admiration.
 
Moi l'épouvantail ambulant, eux les macchabées célestes.
 
Peut-être m'adressent-ils en retour une cordiale froideur ? Peu m'importe ! Ces croque-morts tout en plumes me plaisent et m'allègent.

Et quand, prenant leur essor vers de mystérieuses destinations, leur silhouette de sombres seigneurs se déploie au-dessus de mon chapeau de paille, il de la lumière dans mon âme.

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